Dans un monde professionnel souvent marqué par la pression et la course aux résultats, l’indifférence guette. Ce « virus très contagieux », comme le qualifie Thierry Willieme lors de son TEDxNantes, peut mener, dans sa forme la plus grave, à la malveillance. Pourtant, il existe un antidote puissant : la bienveillance.
Mais attention, ne confondons pas bienveillance et naïveté. Dans son intervention inspirante, Thierry Willieme, fort de sa longue expérience de dirigeant (notamment chez IBM et General Electric), démonte les idées reçues et propose un nouveau modèle managérial : la « Juste Bienveillance ». Une approche qui réconcilie enfin l’humain et la performance.
Les racines de la bienveillance : leçons de vie
Pour Thierry Willieme, la bienveillance ne se décrète pas, elle se prouve par des actes. Il illustre son propos à travers trois leçons fondamentales reçues au cours de sa vie :
La bienveillance envers soi et le travail (L’exemple de la grand-mère) : Adolescents, nous voyons souvent le travail comme une corvée. Sa grand-mère lui a pourtant enseigné que le travail, même difficile, peut être source de joie si l’on s’applique à bien le faire et qu’on lui donne du sens. C’est la première étape : trouver de la satisfaction dans la qualité de ce que l’on produit.
Créer les conditions de la réussite (La leçon du manager) : Jeune commercial débordé, Thierry Willieme a vu son N+2, Maurice, retrousser ses manches pour répondre à un courrier client urgent à sa place. La leçon est magistrale : le rôle du manager n’est pas seulement d’exiger des résultats, mais de s’assurer que ses collaborateurs ont les conditions (temps, outils, soutien) pour réussir. C’est la bienveillance envers le travail des autres.
L’équilibre vital (La métaphore du tabouret) : Un directeur lui a un jour rappelé que la vie est un tabouret à trois pieds : le travail, la famille et les passions. Négliger un pied déséquilibre l’ensemble. Pour être un bon professionnel, il faut d’abord prendre soin de son propre équilibre. « Bienveillance bien ordonnée commence par soi-même ».
La « Juste Bienveillance » : l’équation gagnante
Le cœur du message de Thierry Willieme réside dans la définition de cette « Juste Bienveillance ». Trop souvent, en entreprise, on oppose la confiance au contrôle, la gentillesse à l’exigence.
Il critique vivement l’adage selon lequel « la confiance n’exclut pas le contrôle ». Pour lui, si l’on contrôle, c’est qu’on ne fait pas confiance. La vraie confiance se donne entièrement et elle est responsabilisante.
Mais la bienveillance seule ne suffit pas. La « Juste Bienveillance », c’est l’alliance subtile de deux ingrédients indispensables :
Beaucoup de bienveillance + Peu d’exigence = Le monde des Bisounours. L’ambiance est bonne, mais il n’y a pas de résultats. L’entreprise devient un club de vacances sans performance ni dépassement de soi.
Beaucoup d’exigence + Peu de bienveillance = Une armée de mercenaires. Cela fonctionne à court terme grâce au clonage des profils et à la pression, mais cela ne crée pas de performance durable et tue la diversité.
La performance durable naît donc de la combinaison simultanée d’une haute bienveillance et d’une haute exigence. C’est vouloir que l’autre devienne la meilleure version de lui-même.
Une exigence des nouvelles générations
Adopter la « Juste Bienveillance » n’est plus une option « sympathique » pour les entreprises, c’est une nécessité stratégique.
Les nouvelles générations ne se contentent plus d’un salaire. Elles cherchent du sens, de l’éthique et du respect. Thierry Willieme cite l’exemple des étudiants de Harvard prêtant serment pour une finance éthique après la crise de 2008, ou le manifeste des étudiants français pour le climat. Les jeunes talents refuseront de travailler pour des entreprises qui maltraitent les hommes ou la planète.